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David Bendeth évoque la conception de « Riot »

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Le producteur de l’album « Riot » a écrit un long message sur Billboard pour évoquer ses souvenirs de la conception de l’album, qui fête ses 10 ans:

 

« On était au printemps 2006. Je voyageais pour aller à la rencontre de personnes en maisons de disques. Alors que j’étais en visite chez Atlantic Records à Los Angeles, Jason Flom et Andy Karp m’ont proposé de rencontrer Tom Storms, qui avait signé le groupe et qui avait fait l’album avec eux. C’était leur tout premier album, All We Know Is Falling, et je crois qu’il s’était vendu à 25 000-30 000 exemplaires. Mais il m’a quand même dit « Tu devrais écouter cet album, parce que je trouve qu’ils ont quelque chose de très spécial. Mais je te préviens, ils sont très jeunes. Le batteur à 13 ans et la chanteuse à 16-17 ans. » A l’époque, ils étaient en tournée et c’est la mère d’Hayley, institutrice, qui leur donnait des cours dans le van, ce qui était assez fou.

Alors j’ai écouté All We Know Is Falling, et j’ai trouvé qu’Hayley était incroyable. Il y avait cette chanson, « Emergency », que j’ai trouvé très bien. Je me suis dit que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu de chanteuses dans le rock. A l’époque il y avait beaucoup de chanteuses pop, mais pas dans le rock.

Il y avait 3 modèles dans ma tête. En premier : « I love rock’n’roll » de Joan Jett, en deuxième « Tragic Kingdom » de No Doubt, et enfin cet album des Pretenders avec Chrissie Hynde, « Brass in The Pocket ». J’ai alors pris contact avec le groupe et je leur ai dit que je voulais bosser avec eux. On s’est pas mal écrit pendant 3, 4 mois, ils m’envoyaient des chansons depuis leur tournée. Ils composaient des trucs et puis ils sont allés en Floride pour enregistrer des démos. Ces démos étaient vraiment cools. On était très content du résultat et on a décidé de commencer à enregistrer l’album en janvier 2007.
Le processus était assez intéressant, parce que comme je l’ai dit, le batteur avait 13 ans, ou 14 ans, mais pas plus en tout cas. Hayley avait 17 ans et Josh 18 ans. Bref, ils étaient très jeunes. Mais c’était super parce qu’ils étaient de très bons musiciens et Hayley savait vraiment chanter. Ca n’a donc pas demandé beaucoup de travail pour enregistrer ses parties. Pour ce qui était de la composition, Hayley et Josh étaient très productifs de leur côté, alors ensemble, ils étaient sensationnels.

A l’époque, ils n’étaient que des compositeurs innocents, parce qu’ils n’avaient encore que peu d’expérience et n’avaient qu’un seul album. Du coup, on les a aussi fait écrire avec d’autres compositeurs pour qu’ils puissent essayer de nouvelles choses. Ils vivaient à Nashville, et on leur a permis d’entrer en contact avec des personnes basées à Los Angeles. Mais finalement, tout ce qu’on a fait en composition avec d’autres personnes n’a pas marché, parce que le groupe savait trop ce qu’il voulait faire.

C’était un vrai challenge d’adolescents, mais j’ai toujours accepté ça. Ce n’étaient pas des adolescents typiques qui passaient leur temps à sortir, à faire les fous, ou à s’attirer des ennuis. Ils étaient tellement focalisés sur la musique, et ils passaient tout leur temps à ne faire que ça.

Alors qu’on était en train de bosser sur l’album, Hayley était assise dans mon salon, un stylo et un bout de papier à la main, en train de dessiner « riot » en orange. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. « Je suis en train de bosser sur le concept de tout cet album, sur ce à quoi la pochette va ressembler. Tout sera orange. Mes cheveux seront oranges, le micro sera orange. Ça sera une vraie explosion. » Je lui ai répondu que les explosions/émeutes sont plutôt violentes. » Et là elle me dit « Oui mais ça sera une explosion musicale, que les gens puissent écouter et puissent passer un bon moment. »

On a débattu au sujet du titre de l’album pendant une demi-heure. Je suis allé lui chercher un dictionnaire pour lui montrer ce que signifiait « riot », et elle m’a dit « Mais tu as tort. Là c’est un autre genre d’émeute. Tu utilises une définition trop littérale. Ne fais pas ça, ce n’est pas ce que je veux dire par là. Je ne parle pas d’explosion à proprement parler. Je parle d’une émeute de gens, de musique, lors des concerts. Ce genre d’explosion. Il y a des bonnes explosions et des mauvaises explosions.»

Par chance, elle était chez Fueled By Ramen. C’était intéressant, parce qu’ils laissaient beaucoup de liberté aux artistes. Même si c’était un gros label, il n’y avait aucune restriction sur ce qu’on faisait, donc on a pu faire cet album par nous-même, le groupe et moi. J’ai mixé l’album et j’ai écrit des chansons sur l’album, et on a eu cette liberté pendant une période de quatre mois pour faire tout ce qu’on voulait. On faisait notre truc, on a créé ces morceaux.

J’ai co-écrit « Fences » et « We are Broken » avec eux, et ils ont fait « Born For This » de leur côté. Pour ce qui est de « Crushcrushcrush », la démo a toujours été super, mais j’ai plus poussé ce côté dansant qu’il y avait. « For A Pessimist I’m Pretty Optimistic », la première chanson sur l’album, a été retravaillée 4 ou 5 fois avant qu’on l’enregistre. C’est le genre de chansons qu’on ne savait pas trop comment amener, mais qui a fini par être la première de l’album.

« Misery Business » était d’abord intitulée « Mexico » et était déjà pas mal. J’ai ajouté quelques petites choses au rythme et au refrain. On a décomposé la chanson pendant le pont, parce qu’on voulait une fin plus puissante. Le groupe et les mecs du label ont adoré la chanson dès le début. De mon côté, j’aimais bien, mais je la trouvais pas très moderne, comparé aux autres chansons comme « Hallelujah », « When it Rains » ou « Crush », pour moi c’était trop pop. Je ne pensais pas qu’elle allait être diffusée en radio.

J’ai mixé la chanson en premier, et je me souviens avoir pris une pause. Quand on bosse sur une chanson toute la journée, au bout d’un moment on ne sait même plus comment elle sonne. J’ajoutais et j’enlevais des choses pendant des heures. Quand je suis revenu dans la pièce, le groupe et le mec du label étaient là, et quand ils ont écouté la version finale, ils ont dit que c’était génial. Non pas que ce que j’avais fait était génial, mais c’est tout ce qu’on avait fait tous ensemble. Et ça m’a frappé d’un coup.

Hayley était très contrariée par cette fille dont elle parle dans Misery Business. Concernant la phrase « Once a whore you’re nothing more », je me souviens qu’elle m’avait dit « Je ne crois pas que je puisse chanter ça. Je ne peux pas le dire. Ce n’est pas moi. » Je lui ai répondu : « Hayley, c’est toi, et tu l’as écrit. Il faut que tu le chantes. ». Elle a ensuite dit « Pour moi ce n’est pas bien. Ce n’est pas bien d’appeler quelqu’un comme ça. » Je lui ai répondu qu’elle expliquait simplement la situation. » Finalement elle a fini par dire « Ok, je vais le chanter. Je ne vais pas l’apprécier, mais je vais le chanter. »

Hayley a le profil de quelqu’un qui lit beaucoup, et qui est très littéraire. Je sentais qu’à seulement 17 ans, elle avait déjà capacité à pouvoir exprimer ce qu’elle ressentait, de manière très honnête. Je pense que c’était suffisant pour moi d’être présent pour leur permettre de faire des choses qu’ils n’osaient peut-être pas faire.

Hayley et moi on s’est pris la tête plusieurs fois parce qu’elle ne jugeait pas nécessaire que les paroles doivent rimer, ou avoir un sens. Mais c’est parce qu’elle avait 17 ans et que j’avais déjà écrit des centaines de chansons. Quand je lui disais qu’elle ne pouvait pas finir un refrain de telle manière, elle me répondait que si. Et puis elle me disait qu’elle allait prendre en compte ma proposition, et elle finirait par s’en inspirer.

On avait près de 40 chansons pour l’album, mais on n’en a gardé que 14. On a décidé d’en mixer le maximum pour qu’on puisse avoir le choix. En faisant l’album, j’ai senti que c’était différent. Quelque part, je sentais que ça allait être spécial. Je disais « J’aime vraiment l’album. J’aime la musique. J’aime ce qu’elle dit. J’aime les paroles. » Il y avait un côté romantique, et quelque chose de nouveau de la part d’une chanteuse, que personne n’avait jamais vu jusqu’à présent.

On avait peur que le label pense qu’on était parti dans trop de directions différentes, et qu’ils ne voient pas là où on voulait en venir. Ils étaient nerveux, et on était nerveux aussi. Le problème, c’est qu’on ne savait pas ce qu’on allait de faire de Riot à la radio. Dès le début, le label voulait faire d’Hayley une artiste pop, comme Pink et Britney. Ils trouvaient qu’elle allait trop dans le rock.

Mais Hayley était du genre en colère. Elle n’allait pas se mettre à écrire des chansons d’amour niaises. Il n’en était pas question. Elle appréciait ce genre de musique, puisqu’elle adorait les NSYNC et les Backstreet Boys, mais ce n’était pas du tout la musique qu’elle allait faire. Elle ne voulait pas entrer dans cette compétition-là. Elle voulait être une artiste dans la scène alternative, dans laquelle elle puisse prendre des risques et écrire sur ce qui lui tiendrait à cœur. En y réfléchissant maintenant, elle aurait pu être Taylor Swift avant Taylor Swift, mais elle est restée fidèle à ce qu’elle voulait. J’ai senti qu’Hayley pouvait faire tout ce qu’elle voulait à cet âge, parce qu’elle avait énormément d’énergie et elle avait une vision claire de ce qu’elle voulait. Elle allait être une artiste qui serait là pour longtemps.

Ils étaient un peu des outsiders parce qu’elle était une fille, et à cette époque, les groupes qui marchaient dans le rock étaient avec des mecs, comme Fall Out Boy et Panic ! at the Disco. Hayley disait « J’espère qu’on va pouvoir se démarquer avec cet album. » Je lui ai dit qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, et qu’on allait tout donner, en mettant plus de grosses guitares. » Ce à quoi Hayley a répondu « J’aime. Je veux que ça soit rock. » Quand on a fini l’album et qu’on l’a réécouté, on avait comme créé un monstre. C’était du solide. On pouvait l’écouter du début à la fin.

Vu qu’elle était dans la performance, la première chose qu’Hayley a faite était d’amener Riot en tournée, dès la sortie de l’album. Et le groupe a fait des tournées, des tournées et des tournées. Elle a grandi sur cet album. Au début c’était difficile de reproduire cet album en live, parce qu’il y a des émotions vraiment différentes. La période entre le moment où on a fini l’album et sa sortie, on a été vraiment très nerveux, parce qu’on ne savait pas ce qui allait se passer. Mais une fois que c’était sorti et qu’on avait vu la réaction positive à « Misery Business », on s’est tous sentis soulagés, parce que tout le monde semblait avoir compris le concept.

Le clip de « Misery Business » montrait bien qui était Hayley. L’ado un peu énervée. Et toutes les filles qui regardaient le clip se sont reconnues là-dedans. Cette chanson est devenue un tournant pour le groupe. Ça allait au-delà de la musique. C’était adopter un état d’esprit.

C’est marrant, parce que quand on a commencé l’album, toutes les chansons que je pensais devenir des singles ne le sont pas devenus. J’étais persuadé que « When it Rains » allait être un tube sur les radios. Pour l’anecdote, John Mayer avait dit « Si cette chanson n’est pas un tube, je quitte la musique ». Au début, on pensait que « Hallelujah » allait être le premier single. Et pour « That’s What You Get », dû à son rythme en 6/8, on pensait que ça n’allait jamais marcher, mais au final, les risques ont fini par payer.

La première semaine de sa sortie, on en était à 40 000 ventes, ce qui est très bien pour le 2e album d’un groupe que personne ne connaissait. Et après la semaine de Noël, on en était à 90 000 exemplaires vendus. Là on savait que cet album avait quelque chose de tenace. En quelques mois, Riot est devenu Disque D’or, et on s’est retrouvés chez Atlantic Records pour la remise officielle. Je me souviens avoir regardé tout le monde en n’en croyant pas mes yeux.

On a fait Riot pour les personnes qui, à cette période-là, traversaient des moments difficiles dans leur vie. Quand j’ai fait l’album, je pensais à ces personnes qui se sentaient seules, qui se faisaient embêter à l’école, ou chez eux, et qui faisaient face à la douleur et à la dépression. J’ai senti que cet album allait être une lueur d’espoir et qui aiderait les personnes à se sentir mieux.

Hayley a pris beaucoup de risques dans sa carrière, et elle a aussi toujours cherché à se réinventer. « Ain’t it Fun » est un très bon exemple. J’ai toujours un regard sur eux, et je dois avouer que je suis content d’avoir fait Riot !. J’ai l’impression que cet album a touché beaucoup de gens. Par son innocence, et ce n’est justement plus du tout innocent. Et on ne peut pas changer ça.

Avec du recul, je sens que cet album a aussi aidé ma carrière, et beaucoup de producteurs, mixeurs et ingénieurs m’ont écrit pour me dire « Cet album a changé ma vie, cet album a changé la musique, et cet album a permis à beaucoup de choses par la suite ». Je suis honoré d’avoir fait partie de ça, d’avoir été dans la même pièce que tout le monde à ce moment-là. On a pu faire cet album, qui a su passer l’épreuve du temps. »

 

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