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Texte d’Hayley pour le zine de Bleached

27/03/2017 | Presse | no comments

hyng

Voici la contribution d’Hayley dans le Zine « Can You Deal » du groupe Bleached:

« Quand j’étais plus jeune, je voulais être un mec. Je trouvais que les mecs s’amusaient davantage. Ils étaient un peu moins précieux…

Et s’il y a bien quelque chose qui me hérisse les poils, c’est de donner l’impression d’être « précieuse », justement. Du coup pour éviter que les gens pensent ça de moi, je me suis mise à porter des vêtements de mecs, à faire du BMX avec les mecs de mon quartier, et j’avais fait la promesse de ne jamais me marier.

Il n’y avait pas vraiment de scène musicale dans mon petit village d’origine, mais je regardais MTV pour voir les dernières nouveautés dès que mes parents n’étaient pas chez moi, et ça m’a permis de voir ce qui se passait ailleurs. C’était l’endroit où l’art et tous les gens un peu bizarres pouvaient se montrer comme ils le voulaient. Je me sentais bien plus proche d’eux que de n’importe qui dans mon école. Voir Missy Elliot dans un costume en sac poubelle me faisait plus d’effet que de voir les gens que je côtoyais dans la vraie vie. Il y avait tout une partie de moi que personne ne connaissait, peu importe le nombre de nombre de soirées pyjamas auxquelles j’allais. Et j’avais envie de me retrouver dans un endroit où il y avait toutes les Missys du monde.

Passons à l’année 2004. A 15 ans, j’étais plutôt une bonne personne…très indépendante, et fière de la femme que je devenais. La puberté n’a pas été trop difficile pour moi, et il y avait même des jours où je me trouvais jolie. Après avoir quitté le Mississippi pour emménager dans une ville au sud de Nashville, j’ai rencontré des gens de mon âge qui m’ont proposé de rejoindre leur groupe. Peu après avoir formé ce qui est devenu plus tard Paramore, j’ai été arrachée du groupe, et j’ai fait le tour de toutes les maisons de disques possibles et inimaginables. C’était en pleine période Avril Lavigne, et j’étais juste un garçon manqué de plus avec une guitare. Je faisais partie de ces filles qui « n’étaient pas comme toutes les autres filles. »

De nouveau, j’ai commencé à rejeter ma propre féminité. Peut-être que si j’avais l’air d’un mec, je n’assisterais pas toute seule à ces réunions de maisons de disques. Les années suivantes, la plupart du temps, je portais des tshirts, et j’ai arrêté de me maquiller. Même après avoir réussi à ramener mes amis (les membres du groupe) dans tout ça, je me sentais toujours un peu isolée, et j’avais l’impression que je n’avais pas de solution face à ça.

Quand le groupe a commencé à faire des tournées, ça me gênait de voir que les reviews ne se centraient que sur moi. Les quelques moments d’acceptation étaient toujours suivis par de grands moments de honte. Pourquoi est-ce que les gens ne pouvaient pas oublier le fait que j’étais une fille? Pourquoi est-ce que ça comptait autant? Sur scène, je ne me sentais pas fille ou garçon. Au fond de moi, je pense que j’ai commencé à me rendre compte de quelque chose de très profond sur la musique, et qui reste encore vrai à ce jour: la musique est bien plus grande et importante que notre sexe.

Ca m’a pris du temps pour comprendre que mon micro avait du pouvoir. Ca m’a pris encore plus de temps pour comprendre que ma propre féminité avait aussi du pouvoir. Jamais je n’avais pensé que de voir une femme tenir un micro pouvait être source de menace. Le plus drôle dans tout ça, c’est que de l’extérieur, j’avais le pouvoir, mais de l’intérieur, je me demandais encore comment l’utiliser…et ça n’a pas toujours été glorieux.

A cette période, j’aurais bien voulu savoir qu’en fait ça n’avait rien à voir avec moi. Ce n’était pas de ma faute si on avait des articles sexistes, misogynes, ou si on me lançait des remarques depuis la foule. C’était un problème de fond dans la scène musicale. Mon soucis, c’était que je considérais ce que je pensais pour la vérité.

Au bout d’un moment, je me suis rendue compte que peu importe si ça faisait changer les choses ou pas, je devais changer la façon dont je me positionnais au sein de ce milieu. Alors, j’ai arrêté de m’excuser d’être une femme et j’ai commencé à accepter le pouvoir et la responsabilité qui allaient avec.

Ca m’a pris presque 28 ans pour me rendre compte que le plus grand défi qu’on peut surpasser en tant qu’individus, c’est de ne pas résister aux attentes des autres, mais plutôt de résister à celles qu’on s’impose nous-même. C’est grâce à chaque épreuve que j’ai traversées en tant que femme dans cette industrie que j’ai pu apprendre les leçons les plus importantes de ma vie. Je suis plus forte à présent. Une femme plus responsable avec bien plus de détermination qu’avant. Et j’ai trouvé que cet endroit où se trouvent toutes les Missy Elliott du monde n’est pas une destination définie. C’est plutôt cet instinct qu’on décide de suivre. Cette petite voix qu’on décide d’écouter.  C’est quand on accepte sa propre histoire et qu’on arrête de mettre de côté ces parties de nous qui sont authentiques.

Alors, demandez-moi ce que ça fait d’être une fille dans un groupe. Donnez-moi une minute pour faire taire toutes ces pensées défensives que je pourrais avoir avant de finalement ouvrir la bouche pour dire « J’en suis reconnaissante. » « 

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